4 jours.

Cela fait maintenant quatre jours que la Révolution a repris, quatre jours bien étranges à vivre, remplis d’émotions contradictoires domptées par une une raison parfois vacillante.

La place Tahrir se remplie chaque jour, dans un calme relatif. Dans les rues adjacentes Mohamed Mahmoud et Sheikh Rihan ont lieu les affrontements visibles à la télévision. Notre appartement se trouve rue Sheikh Rihan, à 200m du ministère de l’intérieur, mais du « bon » côté de celui ci. Néanmoins, vu la proximité qui nous bloquait chez nous, nous avons choisi de migrer de l’épicentre pour quelques jours, chez un ami qui étudie également au DEAC.

Recevant pas mal de questions de la part de proches, et pour donner des mots à la situation, j’aimerais vous faire part de ce qu’il se passe, sans quête d’objectivité particulière.

Évidemment, la place Tahrir occupe toutes les conversations. Il est difficile de se faire une raison stable, j’ai l’impression que tout peut changer d’une heure à l’autre. L’aspect extraordinaire de la situation exige de la raison, mais l’émotion est là, et il ne faut pas négliger le risque de psychose. Quelle limite définir entre la paranoïa et un principe de précaution poussé ?

Là dessus, tout semble contradictoire. Nous suivons l’évolution de la situation place Tahrir à la télévision, mais la vie continue dans les autres quartiers. Avant hier, je sortais de mon immeuble pour acheter de l’eau. Je tournais la tête à droite et voyais un char, des camions de police et de la fumée. A gauche, des gens étaient attablés au café, achetaient de la nourriture à emporter. Ils vivaient comme le Caire vit d’ordinaire. L’épicentre de la contestation bénéficie d’un effet de loupe.  Il serait simple de reconnaître que cette place n’est pas si grande, que 100 000 personnes ne sont pas représentatives des 80 millions d’égyptiens. (Larmina, est ce que vous savez au moins ce que ça fait un million?) Mais force est de constater que l’intensité des revendications supplante le nombre de manifestants avec toute légitimité. Nous sommes beaucoup d’étudiants français à connaître des gens sur la place ; et mine de rien, être confronté à un tel courage a de quoi déboussoler. Il est fou de voir à quel point le danger évident peut être relativisé par les manifestants, comme désinhibés par la puissance de leur lutte. Un journaliste de CNN a fait une remarque amusante: « L’Egypte, c’est le seul pays où les jeunes n’ont pas peur de mourir pour la liberté, mais craignent de dire à leurs parents qu’ils vont à Tahrir. »

Effectivement, ce sont essentiellement des jeunes qui combattent cette autorité qui ne répond à leurs exigences de liberté et de dignité que par le mépris, la violence et l’intimidation. Au delà de la rage qui anime la place, c’est ce puissant espoir dans l’avenir qui frappe. Petite leçon.

Si la vie continue au Caire, un réseau de solidarité s’organise: les services de don du sang sont aujourd’hui saturés. La page facebook « Tahrir supplies » fournit en temps réel l’état des besoins dans des hôpitaux de fortune installés à proximité de la place, dans des tentes, une mosquée ou une église. Ils ont besoin de tout, de nourriture, de matériel de soin ainsi que de protection contre des gaz lacrymogènes violents, mais la détermination de la rue semble ce soir proportionnelle à la répression du pouvoir qui cherche à l’intimider par la force, et à l’affaiblir par des concessions/mascarades risquant de diviser les égyptiens.

Le discours du Maréchal Tantaoui a, hier soir, laissé de marbre. Au delà de l’annonce d’une présidentielle en juillet, le ton incroyablement défiant envers les manifestants qu’il accuse d’affaiblir le pays a scotché, tout comme sa légitimation des tribunaux militaires. L’éventuel référendum relatif au transfert du pouvoir du Conseil militaire inquiète plus qu’il ne rassure, tant l’armée pourrait l’exploiter et le détourner afin d’asseoir un pouvoir pérenne.

Dans ce contexte, dire qu’il n’est pas évident de trouver sa place est un euphémisme. La tentation d’aller sur la place a chez moi totalement disparu, non pas par la crainte d’une quelconque ingérence dans les affaires d’un pays duquel je suis étranger, le combat pour la dignité transcendant légèrement les cartes d’identité, mais par la simple peur des balles réelles, des lacrymos, et de la suspicion de l’espionnage qui a mené aujourd’hui à l’arrêt d’étrangers pour « conspiration ».

Nous tentons de combler notre impuissance par les moyens surs dont nous disposons. Les craintes de nos proches, tous comme les nôtres, sont légitimes, mais tout l’enjeu se déroule place Tahrir. Dans nos appartements, nous ne sommes ni en danger, ni apeurés, mais très inquiets par ce qui est en train de se passer.

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2 réponses à “4 jours.

  1. 1) 22milliards de déficit extérieur

    2) 50 milliards « disparus » avec la famille Moubarack

    3)…On arrive !!!

    A demain !!!

    Papa

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